Ceferino

Gens du voyage en Suisse

La culture yéniche

A la découverte de l’autre! Attrais et aléas du nomadisme.

Mode de vie 

Voyager pour travailler

Nomades, les Yéniches voyagent pour travailler, et non pas l’inverse.

Autrefois  ils produisaient et réparaient les outils des paysans. On les appelait souvent les Vanniers, leurs paniers étaient réputés. Pour y tremper l’osier, ils campaient au bord des bords des lacs.

De l’antique roulotte tirée par un cheval, les Yéniches sont passés aujourd’hui à la caravane.

Colporteurs, rétameurs, aiguiseurs, ils récupèrent le métal, alimentent les brocantes en antiquités, créent leur site Internet. Les affaires requièrent de larges espaces, il est indispensable de couvrir rapidement de grandes distances pour rejoindre les clients. 

S’arrêter pour voyager

Les places de stationnement réunissent les caravanes, souvent 7 voire 10, de quoi rassembler la famille élargie. Dans une atmosphère paisible, un feu à la nuit tombée chasse les fatigues de la journée. On y est proche de la nature. Les espaces individuel et communautaire y sont sagement définis.

Les enfants

Les enfants sont le bien le plus précieux des familles et l’objet d’un soin jaloux. Ils fréquentent l’école aux mois d’hiver. A la belle saison ils partent avec leurs parents, un paquet de fiches données par l’instituteur. Chaque mois ils les font corriger, et repartent avec de nouvelles feuilles à remplir. Ainsi la scolarisation se réalise au mieux.

Le jeune Voyageur suit ses parents pour alimenter la caravane en eau, courant électrique, bombonne de gaz, il en gardera toute sa vie une aptitude à l’intelligence de la vie.

 

Yéniches et Tsiganes

De souche européenne, les Yéniches ne partagent pas avec les autres Tsiganes des origines indiennes. Mais les Yéniches ont à cœur de vivre la solidarité avec les autres Gens du Voyage.

On parle à leur égard de culture métissée, c’est-à-dire semi nomade et semi sédentaire. Ainsi peuvent-ils revendiquer une appartenance à la fois yéniche et valaisanne, ou yéniche et schwytzoise, etc.

Outre la Suisse, on trouve encore des Yéniches en Autriche, Hollande, Belgique, Alsace, Ardèche (France) et Forêt Noire (Allemagne du Sud).

 

Langue

L’analyse linguistique du yéniche indique une base de 52% de rotwelsch, dialecte vieil allemand du haut moyen âge. De là on fait remonter les origines, sans doute multifactorielles, des Yéniches. On y trouve aussi 22% d’hébreu, un mystère pas complètement résolu à ce jour. (Source: C. Bader, les Yéniches, derniers nomades d’Europe, L’Harmattan 2007, p. 35).

Le yéniche est différemment parlé suivant les familles, un peu comme les différents patois valaisans varient d’une vallée à l’autre. C’est un sociolecte, c’est-à-dire que son usage est intrinsèquement interne à la communauté.

 

Histoire récente

Depuis 1850, le nouvel Etat fédéral impose à tout citoyen suisse un lieu d’origine, y compris aux populations itinérantes. A partir de la fin du XIXe siècle, la politique des pays européens se teinte d’eugénisme, et les gouvernements accentuent leur pression ancestrale contre les groupes nomades incontrôlables.

La situation aboutit, entre 1926 et 1973, à l’affaire des Enfants de la Grand-Route, organisée par Pro Juventute sous l’égide de la Confédération. Cette action a pour but avoué d’éradiquer la culture nomade.

En 1986 sont présentées les excuses officielles de la Confédération envers le peuple yéniche, reconnu comme une minorité nationale en 1997. Ces années voient la création d’organisations faîtières yéniches, la mise en œuvre de réparations envers les membres de la communauté les plus gravement touchés.